Finance basée sur les actifs (ABF) : capter des revenus décorrélés grâce à l’économie réelle
Gestion de patrimoine

Finance basée sur les actifs (ABF) : capter des revenus décorrélés grâce à l’économie réelle

L’Asset-Based Finance gagne du terrain auprès des grands investisseurs. Bonne nouvelle : cette approche, centrée sur des actifs tangibles et productifs, devient progressivement accessible aux patrimoines privés avertis. Dans un contexte de marchés boursiers exigeants et de taux en phase de normalisation, l’ABF peut ajouter une brique de revenus réguliers et une vraie diversification.

Je vous propose un tour d’horizon clair, concret et actionnable pour comprendre cette classe d’actifs, ses risques, et comment l’intégrer intelligemment à votre stratégie de long terme.

ABF, de quoi parle-t-on exactement ?

L’Asset-Based Finance (finance fondée sur les actifs) consiste à financer des portefeuilles d’actifs réels ou de créances identifiables, générant des flux contractuels. Quelques exemples typiques :

  • Crédit à la consommation et auto-loans adossés à des véhicules
  • Leasing d’équipements industriels, BTP, médical
  • Créances commerciales (receivables, trade finance, supply chain finance)
  • Prêts aux petites entreprises garantis par stocks, machines, factures
  • Actifs spécialisés: moteurs d’avion, droits de propriété intellectuelle (royalties, IP), contrats récurrents (abonnements, contrats de service)

Le principe clé: des flux de trésorerie prévisibles, soutenus par une “sûreté réelle” (collatéral), et des structures juridiques dédiées (SPV, surdimensionnement de collatéral, subordination, covenants) visant à absorber les aléas.

📌 À retenir

  • L’ABF se situe entre l’obligataire traditionnel et la dette privée: plus “granulaire”, souvent mieux collatéralisée, mais exige une analyse fine du servicer et de la structure.
  • C’est un marché massif (plus de 20 000 milliards de dollars sur un périmètre large), longtemps dominé par les institutionnels.

Pourquoi l’ABF revient en force en 2026

Plusieurs signaux forts confortent la dynamique:

  • De grands acteurs structurent de nouvelles stratégies ABF pour produire des cash-flows stables, avec un risque décorrélé des marchés actions/IG traditionnels.
  • Les banques et assureurs réallouent vers des portefeuilles adossés à des actifs, alignés avec leurs besoins de duration, de robustesse et de capital réglementaire.
  • Contexte de marché: spreads serrés en corporate IG, volatilité macro persistante, recherche de portefeuilles “auto-amortissants” et de revenus flottants indexés aux taux.

📰 Signal de marché

  • Lancement de plateformes ABF dédiées par des gestionnaires alternatifs de premier plan (avec des cibles de rendement net parfois annoncées à deux chiffres, sous réserve de mise en œuvre et de risques).
  • Dans l’aviation et l’équipement, de nouveaux véhicules de gestion tiers voient le jour, tandis que des établissements de premier rang financent des spécialistes de l’asset-based lending. Tout indique un élargissement de l’offre.

Ce que l’ABF apporte à un patrimoine diversifié

  • Revenus contractuels et souvent mensuels/trimestriels
  • Décorrélation partielle des actions et du crédit corporate classique
  • Protection structurelle: collatéral, surdimensionnement, subordination
  • Exposition directe à l’économie réelle (actifs productifs, besoins essentiels)

Selon le segment et la séniorité de la tranche:

  • Rendements attendus (fourchette indicative): environ 5–7 % net pour des poches ABS investment grade en devise forte, 7–10 % pour des dettes privées senior adossées à des actifs, et >10 % pour des expositions plus opportunistes/subordonnées. Ces chiffres sont indicatifs et dépendent des frais, du levier, de la structure, de la qualité du collatéral, de la conjoncture et de l’habileté du gérant.

⚠️ Important
Un rendement affiché n’est ni garanti ni constant. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. En stress, les corrélations montent, les défauts augmentent et la liquidité se dégrade.

Comment les structures ABF protègent (et où ça casse)

Mécanismes de protection courants:

  • Sûreté réelle (nantissement d’actifs) et titrisation via SPV
  • Overcollateralization (collatéral > dette), réserves de liquidité, triggers
  • Subordination: tranches junior absorbent d’abord les pertes
  • Covenants: discipline financière et reporting renforcé
  • Servicing professionnel: recrutement, recouvrement, remarketing d’actifs

Points de fragilité à surveiller:

  • Risque “servicer”: une mauvaise gestion de recouvrement érode la protection
  • Risque de valeur résiduelle (aviation, équipements) en cas de cycle défavorable
  • Risques juridiques/structurels (priorité des sûretés, documentation)
  • Concentrations sectorielles/géographiques
  • Liquidité: sorties possibles limitées ou périodiques seulement

💡 Conseil d’expert
Demandez toujours la waterfall des cash-flows, les hypothèses de défaut/récupération, l’advance rate moyen, la séniorité de votre tranche, la qualité du servicer et son historique en stress.

Accéder à l’ABF en tant que particulier (France)

Quatre voies pragmatiques, du plus liquide au plus “privé”:

  1. OPCVM/UCITS spécialisés ABS/ABF
  • Avantages: diversification, liquidité relative (quotidienne/hebdo), transparence.
  • Cible: ABS investment grade (auto, consumer, RMBS agency, etc.).
  • Inconvénients: rendement plus modéré, exposition surtout aux marchés développés en devise (couverture change à vérifier).
  1. Fonds de dette privée/ELTIF 2.0 orientés ABF
  • Avantages: accès à du “collatéralisé” non coté, souvent taux flottant, prime d’illiquidité.
  • Tickets: souvent accessibles via banques privées/assurance-vie en unités de compte, parfois dès quelques milliers d’euros depuis ELTIF 2.0.
  • Inconvénients: blocage pluriannuel, valorisations moins fréquentes, frais plus élevés.
  1. Assurance-vie et PER en unités de compte “private markets”
  • Avantages: enveloppe fiscale et patrimoniale, accès à des poches de dette privée/ABF sélectionnées par l’assureur.
  • Inconvénients: disponibilité selon contrats, frais de couche.
  1. Titres cotés “adjacents”
  • Ex: sociétés de leasing d’équipements/aviation, BDC américaines exposées à l’asset-based lending, fonds fermés listés.
  • Avantages: liquidité boursière.
  • Inconvénients: volatilité actions, décote/surcote, décorrélation partielle seulement.

🔎 Due diligence express (checklist)

  • Nature du collatéral: granulaire? cyclique? valeur résiduelle maîtrisée?
  • Séniorité de la dette: senior secured vs mezzanine
  • Taux: fixe vs flottant (sensibilité à la baisse des taux)
  • Durée/rotation des actifs: maturité moyenne, amortissement
  • Diversification: nombre d’obligors, secteurs, géos
  • Servicer: track record, alignement (first-loss), continuité en cas de défaut du servicer
  • Structures: triggers, réserves, couverture de change
  • Frais: management, performance, frais de véhicule et d’enveloppe

Risques à bien calibrer

  • Crédit et macro: hausse des défauts en ralentissement, corrélations en stress
  • Liquidité: fenêtres de sortie limitées, gates possibles
  • Juridique/structurel: sûreté mal perfectionnée, litiges
  • Opérationnel: défaillance du servicer/backup servicer
  • Change: si support non-euro sans couverture
  • Taux: si poche à taux fixe en phase de remontée des taux

📢 Bon à savoir
Le risque “structurel” (documents, priorités, perfection des sûretés) fait la différence en ABF. Une structure robuste peut compenser une conjoncture chahutée; l’inverse est rarement vrai.

ABF dans votre allocation de long terme

Proposition cadre (investisseur diversifié, horizon 7–10 ans, tolérance à l’illiquidité modérée) :

  • 5 à 12 % du portefeuille en ABF, selon votre profil
    • 3–5 % via fonds ABS investment grade (liquides)
    • 2–5 % via dette privée ABF senior (équipement, receivables) à taux flottant
    • 0–2 % sur des niches (trade finance, IP/royalties) pour pimenter le rendement

Objectif: un mix de revenus réguliers, volatilité contenue, et une corrélation moindre avec les actions. Réévaluez annuellement la part, ajoutez par “vintages” pour lisser le risque d’entrée.

🎯 Astuce mise en œuvre

  • Utilisez l’assurance-vie pour loger des fonds ABF éligibles: optimisation fiscale du flux de coupons/revenus et transmission facilitée.
  • Étalez vos souscriptions (3–4 tranches sur 12–18 mois) pour lisser le risque de timing.

Cas concrets: aviation et équipement, deux laboratoires de l’ABF

  • Aviation: moteurs et pièces détachées constituent des actifs à forte valeur unitaire, avec marchés secondaires organisés et cycles marqués. Bien structuré (contrats de location long terme, maintenance réservée, remarketing), c’est une source de revenus puissante, mais sensible au trafic aérien et à la valeur résiduelle.
  • Équipement industriel: plus granulaire, meilleure diversification par nombre d’obligors, et collatéral revendable (BTP, médical). Rendements souvent compétitifs, discipline d’octroi clé (advance rates réalistes, recouvrement huilé).

📊 Le point clef
Dans ces deux segments, la qualité du servicer et la gestion de la valeur résiduelle font 80 % du résultat. Privilégiez des gérants avec des données historiques sur cycles longs.

Comparatif rapide avec d’autres briques patrimoniales

  • Vs obligations IG: rendement potentiel supérieur, mais moins liquide et plus technique
  • Vs high yield: risque différent et souvent mieux collatéralisé, drawdowns parfois plus contenus, mais attention aux stress synchronisés
  • Vs immobilier (SCPI): revenus potentiels plus reliés au crédit/économie réelle courte durée, moins exposé à la duration; liquidité parfois similaire si fonds privés
  • Vs actions: rôle de “porteur de revenus” plus stable, mais n’apporte pas la même optionalité de croissance à long terme

Glossaire express

  • Collatéral: actif donné en garantie du prêt
  • Overcollateralization: excès de collatéral pour protéger les prêteurs
  • Tranche senior/mezzanine/junior: ordre de priorité de paiement et d’absorption des pertes
  • Servicer: entité qui gère le portefeuille (recouvrement, revente, administration)
  • SPV: société véhicule isolant juridiquement les actifs et les flux

En 2026, l’ABF s’impose comme une brique crédible pour renforcer vos revenus et votre diversification, à condition d’accepter sa technicité et son moindre degré de liquidité. Bien choisie et structurée, cette exposition à l’économie réelle peut devenir un allié discret mais efficace de votre patrimoine de long terme.

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