
Patrimoine « post-dollar » (phase 2) : pourquoi l’Europe muscle l’euro… et ce que ça change pour votre patrimoine
Le dollar reste aujourd’hui la monnaie pivot de la finance mondiale, mais depuis quelques mois, un mouvement devient plus lisible : l’Europe ne se contente plus de “défendre” l’euro, elle cherche activement à en faire une monnaie de référence plus globale. Et ce n’est pas uniquement un sujet de géopolitique ou de traders FX : sur 10–20 ans, c’est un thème qui peut influencer la façon dont on structure un patrimoine diversifié.
Trois signaux récents se répondent très bien :
- une annonce concrète de la BCE (un outil technique, mais extrêmement puissant),
- un soutien politique plus assumé en Europe de l’Est (Roumanie),
- et un intérêt inédit d’un grand pays allié des États-Unis : le Canada.
Table des matières
Toggle1) La BCE crée un « filet de sécurité mondial » en euros : un pas de géant (discret) vers un euro plus international
Le 14 février 2026, Christine Lagarde a annoncé que la BCE allait élargir et rendre permanent son dispositif de fourniture de liquidité en euros à d’autres banques centrales.
Ce qui change concrètement
À partir du T3 2026, la BCE prévoit une facilité permanente (repo) :
- ouverte à toutes les banques centrales éligibles dans le monde (hors exclusions liées notamment à sanctions / conformité),
- avec un accès « standing » (donc pas une mesure d’urgence temporaire),
- jusqu’à 50 milliards d’euros.
L’idée est simple : en période de stress, une banque centrale étrangère peut obtenir des euros contre collatéral de haute qualité, au lieu d’être forcée de vendre dans la panique des actifs libellés en euros (ce qui déstabiliserait le marché et, par ricochet, la zone euro).
« This facility also reinforces the role of the euro… The availability of a lender of last resort for central banks worldwide boosts confidence to invest, borrow and trade in euros », a expliqué Lagarde à Munich.
(Source : CNBC, 14 février 2026)
Pourquoi c’est un levier majeur pour l’euro
Le privilège monétaire américain ne vient pas seulement du “poids” économique des États-Unis : il vient aussi du fait que la Fed a historiquement joué un rôle de prêteur en dernier ressort mondial (swap lines, backstops, etc.).
En créant un équivalent en euros, l’Europe pose une brique essentielle : rendre l’euro “finançable” même dans la panique.
📌 À retenir
Un investisseur (ou une banque centrale) aime une devise quand elle coche trois cases :
- des marchés profonds,
- une gouvernance crédible,
- et un backstop en cas de crise.
La BCE vient de renforcer la 3e case.
2) Les ministres des Finances de la zone euro poussent la « souveraineté monétaire » : l’euro n’est plus seulement une monnaie, c’est une stratégie
Côté politique, le ton se durcit. Les ministres de la zone euro parlent désormais de l’euro comme d’un instrument de souveraineté.
Kyriakos Pierrakakis, qui préside l’Eurogroupe, résume l’état d’esprit :
- risque de voir le système monétaire international utilisé comme outil politique,
- nécessité “existentielle” de protéger le rôle international de l’euro, pour préserver la souveraineté monétaire de l’UE.
(Source : dépêches reprises de déclarations Eurogroupe / presse financière, février 2026)
Ce que ça signifie pour vous (côté patrimoine)
Quand un bloc politique décide que sa monnaie doit “peser”, il tend à :
- renforcer l’intégration des marchés (obligations, capital markets, infrastructures financières),
- multiplier les initiatives de standardisation,
- soutenir l’idée d’actifs “sûrs” en euros à grande échelle (j’y reviens avec les eurobonds).
En clair : plus l’Europe agit comme un émetteur crédible d’actifs de référence, plus l’euro devient pratique à détenir… pas seulement pour les Européens, mais pour le monde.
3) La Roumanie (et, derrière, l’Europe de l’Est) soutient l’accélération : capital markets, union épargne-investissement, eurobonds
La Roumanie est un bon “baromètre” : pays hors zone euro, mais au cœur des enjeux de convergence.
Le ministre roumain des Finances, Alexandru Nazare, a soutenu publiquement :
- le Capital Markets package (marché unique des capitaux),
- l’Union de l’épargne et de l’investissement,
- l’idée d’une coopération renforcée « à plusieurs vitesses » si cela accélère les dossiers,
- et même le débat sur des eurobonds pour financer des priorités stratégiques (défense, IA, transition…).
(Source : Euronews, 17 février 2026)
Pourquoi c’est important pour le statut international de l’euro
Pour qu’une monnaie devienne réellement une devise de réserve, il faut un stock important d’actifs :
- liquides,
- homogènes,
- disponibles en grande taille,
- et perçus comme “sûrs”.
Or, l’Europe souffre depuis longtemps d’un déficit de “safe assets” comparables aux Treasuries américains.
Le débat sur des émissions communes (type eurobonds) va exactement dans le sens d’un euro plus “réservable”.
ℹ️ Note rapide
Le sujet reste politiquement conflictuel (pays “frugaux”, sensibilité allemande, etc.). Mais le fait que des pays non centraux de la zone euro soutiennent l’accélération montre que le mouvement dépasse le duo franco-allemand.
4) Le Canada s’invite à l’Eurogroupe : un signal géopolitique et monétaire très rare
Le 16 février 2026, le ministre canadien des Finances François‑Philippe Champagne a été invité à l’Eurogroupe — une première historique pour le Canada.
Le communiqué officiel canadien est explicite : il s’agit d’échanger sur les déséquilibres mondiaux et les risques géoéconomiques, et de renforcer les liens UE–Canada (commerce, sécurité, résilience).
(Source : Gouvernement du Canada, communiqué du 13 février 2026)
Pourquoi ce n’est pas anecdotique
Le Canada est un pays :
- profondément intégré aux circuits nord-américains,
- mais qui signale ici qu’il veut diversifier ses alliances économiques.
Même sans annonce “nous achetons plus d’euros”, le symbole compte : l’euro devient un sujet de coordination macro, au niveau des alliés du G7. C’est exactement comme ça que se construit une monnaie de référence : par des usages institutionnels, pas par des slogans.
Info Box — « Euro actif de référence » : ça veut dire quoi, au juste ?
Quand je dis “actif de référence”, je ne parle pas de faire un pari spéculatif sur l’EUR/USD. Je parle de votre architecture patrimoniale :
- Devise de dépense : votre quotidien (pour un Français, c’est déjà l’euro).
- Devise de réserve : une partie du patrimoine que vous voulez robuste en cas de stress.
- Devise d’investissement : la monnaie dans laquelle vous détenez obligations, actions, cash, etc.
- Devise de financement : celle dans laquelle vous empruntez (immobilier, crédit lombard, etc.).
Un euro qui monte en puissance internationalement tend à devenir plus attractif sur les 2e et 3e dimensions (réserve / investissement), et pas uniquement “devise locale”.
5) Comment intégrer ce mouvement dans un patrimoine long terme (sans tomber dans le piège du “tout euro”)
Le principe de base : diversifier les “régimes”
Le monde semble glisser d’un système très dominé par le dollar vers quelque chose de plus multipolaire (dollar/euro, et d’autres pôles). Dans un patrimoine, ça se traduit par une idée simple : éviter qu’un seul événement politique, réglementaire ou monétaire ne mette votre plan à l’envers.
Un cadre concret (adaptable)
Voici une grille pratique, à ajuster selon votre situation (revenus, projets, tolérance au risque, pays de résidence) :
| Brique patrimoniale | Objectif | Place naturelle de l’euro | Ce que vous pouvez faire |
|---|---|---|---|
| Cash de sécurité | liquidité, imprévus | élevée (si vous vivez en zone euro) | comptes rémunérés, monétaire EUR |
| Obligations “cœur” | stabilité, amortisseur | élevée | ETF obligataires EUR (durée maîtrisée), fonds euros (si assurance-vie) |
| Actions monde | croissance | faible à moyenne (devises variées) | ETF MSCI World (souvent USD en exposition), ou part Europe si conviction |
| Immobilier / projet de vie | usage, levier | élevée | emprunt en EUR, prudence sur variables |
| Diversifiants (or, etc.) | protection extrêmes | neutre | or physique/papier (devise secondaire) |
📌 Conseil d’expert (simple, mais efficace)
Si vos revenus et dépenses sont en euros, ne sous-estimez pas la valeur d’avoir aussi des actifs hors euro (actions monde, or, éventuellement obligations hors zone euro).
L’objectif n’est pas de choisir “le camp gagnant”, mais de survivre et progresser dans plusieurs scénarios.
6) Les risques à garder en tête avant de “surpondérer l’euro” dans votre esprit
- Risque politique européen : l’euro est une construction institutionnelle ; son renforcement dépend d’avancées (marché des capitaux, dette commune, etc.) qui ne sont pas garanties.
- Risque de change : un euro plus “global” peut aussi signifier des phases de hausse, qui pénalisent certaines entreprises exportatrices européennes et peuvent influencer la politique de la BCE.
- Risque de concentration domestique : pour un Français, “trop d’euro” arrive vite (immobilier en France + carrière en France + fiscalité française + épargne euro).
✅ Le bon réflexe : raisonner en expositions totales (devise + zone géographique + classes d’actifs), pas en produits séparés.
L’Europe est en train de faire quelque chose de très concret : créer les infrastructures et les outils (BCE), le narratif (souveraineté) et potentiellement les actifs (intégration, eurobonds) qui rendent une monnaie crédible comme pilier mondial — et le fait que le Canada s’invite au débat montre que le sujet déborde l’UE ; pour vous, l’enjeu n’est pas de “parier” sur l’euro, mais d’ajuster votre diversification pour que votre patrimoine reste solide dans un monde moins centré sur le dollar.
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